(...) Mais quand la France se met en colère, c'est pour de bon. Quand la France se met en colère, le monde se met en mouvement.C'est pour tout le monde qu'elle se met à la besogne, qu'elle prend sa hache de bûcheron, qu'elle se met à couper les arbres morts, la tête des rois, la broussaille des liens. Pendant un siècle, on n'avait pas besoin de dire la Révolution française, il suffisait de dire la Révolution, et tout le monde savait de quoi il s'agissait. Il ne s'agissait pas seulement de Paris et de la France. Il s'agissait de toute l'Europe. Les Français étaient tout simplement les premiers de la classe. Ils avaient pris le pli d'être les Fils aînés de l'Eglise, ils continuaient, en étant les Fils aînés de la Justice.
La France dormirait-elle du sommeil de l'injuste ? Sommes-nous les rêveurs d'un pays fatigué, d'une patrie assise sur le bord de la route, traînarde, délaissée, qui regarde passer les autres sans rien dire ? Serait-il aussi triste d'être né un Français au mitan de ce siècle, que d'être né Chinois en 1850 ?
Non, je ne le crois pas. Il suffit du regard d'un garçon de chez nous, et je sens bien alors que les Français savent encore retrousser leurs manches et marcher d'un bon pas sur des chemins nouveaux. Non, nous ne resterons pas les nègres de l'Europe. Il y a de la ressource dans nos hommes.
Claude Roy