Humbles ? C'est façon de parler, vilaine façon de parler, qui vient aux lèvres de qui se penche, de qui « va au » (au peuple, aux humbles, aux autres). Ce qui frappe plutôt, c'est dans ces inconnus, qui n'auront pas cueilli, et pas même entrevu, les roses de la vie, les roses de la vie de ceux qui ont loisir de vivre, ce qui frappe plutôt, c'est une tenace, indomptable et silencieuse fierté. C'est elle qui fait de ce livre triste, sans doute, un livre cependant resplendissant. C'est elle qui fait de ce témoignage dont la discrétion même a un accent tragique, un chant gonflé d'esprit et de confiance. C'est elle qui se communique à qui vit un moment dans l'intimité de ces regards qui ne reprochent rien, mais ne cèdent à personne, de ces maisons rongées par la lèpre du temps, l'oxyde des saisons, et le lichen de la quasi-misère, de ces paysages si sublimes et si ordinaires, des ces ciels gris et bas, de ces objets inanimés dont l'âme enfin rayonne.
C'est un dur métier, le métier de Français. Mais ceux qui le pratiquent ont quelques bonnes raisons d'en être, en définitive, fiers. Ce n'est pas une fierté panacheuse et cocoriquante, ce n'est pas une fierté théâtrale ou exaspérée. C'est une fierté tacite, sans agressivité, sans emphase. Je pense que vous saurez la lire dansles pages que voici, que je vous laisse ouvrir maintenant comme on ouvre un album de famille. Je vous laisse à ces parents inconnus, que l'objectif va vous révéler. Vous les reconnaîtrez. La parole est à ceux qui ne l'ont jamais. Ils ont tellement à dire.
<?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>Claude Roy